Le Lapin de personne

Louise était professeure des écoles. Elle croyait aux saisons. Aux graines. Aux mots doux. Elle décorait sa classe avec des feuilles séchées à l’automne, des bougies en hiver, et des œufs peints à la main au printemps.
Un jour, une inspectrice vint en visite surprise.
— « Ces symboles… C’est païen, non ? Pas très républicain. »
Louise sourit. — « C’est vivant. C’est la roue de l’année. Les enfants adorent. Ils sentent le rythme. Ils s’apaisent. »
Mais le rapport fut sec. Trop personnel. Trop émotionnel. Trop lent. Louise fut déplacée.
Elle continua ailleurs. En bibliothèque. Puis dans un centre social. Elle semait encore. Mais chaque année, au printemps, elle ressortait un petit lapin en bois.
Un jour, un de ses anciens élèves — devenu adulte — revint la voir.
— « C’est vous qui m’avez appris que la vie pousse même dans le silence. Quand j’étais perdu, je me rappelais votre œuf en argile. Vous disiez : Rien ne presse. Même le printemps attend son heure. »
Elle lui tendit un œuf en chocolat.
Et répondit simplement : — « Alors tu as compris. Tu vis. »
