Chargement OGMAI...
OGMAI/Le héros de l'histoire, (c'est vous).
Guide de référence150 / 249

Un mythe controversé

Image générée avec OGMAI — Style graphique : Gravure – Ligne fine

Telle que présentée par Hésiode dans Les Travaux et les Jours, Pandore est la première femme créée par les dieux pour punir l'humanité après que Prométhée ait volé le feu sacré. Elle aurait reçu de chaque dieu de l’Olympe un don, y compris la curiosité, offerte par Hermès. Zeus lui confie une jarre (et non une boîte, comme le suggère une traduction de la Renaissance) contenant tous les maux du monde, avec l'instruction de ne pas l'ouvrir. Poussée par la curiosité, Pandore ouvre la jarre, libérant ainsi les maux sur l'humanité, tandis que l'espoir reste à l'intérieur. Pandore est donc celle qui généra tous les malheurs du monde.

Depuis, on accuse Pandore d’avoir “libéré les malheurs”. Mais, qui a construit la jarre, qui y a enfermé ces forces, et qui a interdit de l’ouvrir ? Ève, Pandore…

Cette interprétation classique sous-entend en outre que la femme est source de tous les malheurs. Je vous laisse imaginer par vous-mêmes les résultantes de cette pensée sur la société. Si on fouille un peu, on apprend que Hésiode prônait une piété populaire fondée sur la justice (dikè), le travail honnête et le respect des dieux (les puissants de ce monde à qui l’on doit obéir aveuglément). Il insiste sur la rétribution divine : les justes, les obéissants, sont récompensés (bon salaire), les impies châtiés (chômage, exclusion, prison).

Si l’on creuse encore, on s’aperçoit que le nom "Anésidora", un épithète de Pandore, signifie « celle qui fait sortir les présents des profondeurs ». Ce qui, nous l’admettrons, n’a absolument rien à voir avec l’image d’une tentatrice irresponsable ayant libéré les malheurs du monde.

Parenthèse viticole : les jarres contenaient toutes sortes de choses y compris du vin. En Perse antique, on disait qu’une bonne discussion doit se faire à jeun et complètement ivre. Si on tombe sur la même conclusion dans les deux états, alors c’est la meilleure décision. Et si il y avait du vin dans la jarre de Pandore ?

Pandore est souvent réduite à un stéréotype : la femme coupable, la tentation, l’erreur originelle. Tentons une relecture alternative. Et si Pandore n’était pas la cause des ténèbres… mais leur révélatrice ? Et si cette boîte n’avait jamais été conçue pour rester fermée ? Après tout, ce n’est pas elle qui l’a fabriquée. Dans l’entreprise aussi, certaines vérités dérangent. De la poussière sous le tapis. Des chiffres maquillés. Un climat malsain. Des décisions prises sans transparence. Et un jour, quelqu’un, telle une Pandore moderne, pose une question de trop. Ouvre un dossier. Soulève un couvercle.

Et tout sort.

“Mais pourquoi as-tu ouvert cette boîte ?!” Non. “Pourquoi l’avons-nous laissée scellée si longtemps ?” Oui.

Reprenons.

Pandore est la première femme, modelée par les dieux eux-mêmes. Elle incarne la beauté, l’intelligence, la créativité, la sensibilité, toutes réunies dans une figure unique : celle de l’éternel féminin dans sa version la plus féconde. Mama mia que bella !!!

Elle n’est pas seulement curieuse mais aussi vivante. Pleine de compassion et de vie, elle observe, interroge, ressent, s’émerveille. Elle n’est pas un jouet dans un jeu de mâles qui veulent avoir les plus gros bras, mais une force d’ouverture, une médiatrice entre la surface et les profondeurs, entre le connu et l’inconnu.

Pandore fait pousser les graines enfouies dans la terre, réveille les dons endormis, déterre les trésors oubliés. C’est elle qui fait pousser les céréales nourricières, mine les minéraux, les pierres précieuses, puise le pétrole, l’or et le fer, piliers de notre confort, de notre sécurité et parfois de notre orgueil.

Autrement dit : Pandore rend possible la civilisation.

Et si elle ouvre la jarre, comme Ève croqua la pomme, est-ce par faiblesse ou par devoir ? Elle ose affronter les ténèbres pour libérer ce qui y est enfermé (voir les Chtoniens). Elle ose se regarder dans le miroir pour voir la beauté mais aussi les défauts. Elle fait surgir la vérité. Cependant dans toutes les versions du mythe, l’Espérance (Elpis) reste dans la jarre.

Aurait-il fallu renverser la jarre et tout libérer, le ténébreux comme le lumineux, pour que l’espérance ait enfin un sens ?